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MILLE VINS VIEUX SOUS LES MERS (opus 2)

publié le 23 oct. 2013 à 00:38 par Arnaud DELION
publié le 29 janv. 2011 04:44 par Deléon                         

LOINTAINS TRÉSORS DE LA SEINE...
Treize ans après leur première expédition, Fortunes de Mer est retournée fouiller l’épave de La Seine, au large de Pouébo. Des profondeurs, les membres de l’association ont remonté des fioles contenant des fruits de l’époque.

C’est une véritable plongée au cœur de l’histoire calédonienne que s’est offerte l’association Fortunes de Mer. Il y a une semaine, une quinzaine de ses membres ont fouillé l’épave de La Seine. Une corvette longue de 43 mètres échouée contre une patate de la passe de Pouébo, le 3 juillet 1846. Munis d’une suceuse, les plongeurs se sont enfoncés dans le sable à la recherche d’objets, comme lors de leur première expédition en 1997. Pour effectuer ce travail minutieux pendant une semaine, ils avaient établi un campement chez le clan Tiawane, qui les a gentiment accueillis.

Fioles. Ces passionnés pensaient ne rien découvrir d’extraordinaire. Mais ils sont finalement tombés sur quelques objets fantastiquement bien conservés. « Nous avons trouvé des fruits dans des flacons de verre, encore fermés, sans que l’eau ait pu y pénétrer, décrit Philippe Houdret, le président de l’association. Des framboises et des groseilles imbibées, sans doute, dans de l’eau-de-vie. Jusque-là, nous avions rapporté du champagne de l’épave de la Tacite, encore un peu pétillant. » Au total, soixante-quatre objets ont été remontés à la surface, variant du simple fragment à une pompe d’incendie ou d’eau douce de 110 tonnes. « Nous avons ramené des bouteilles en verre, dont un Saint-Julien du Médoc, s’amuse Raymond Proner, le fondateur de Fortunes de Mer. Mais le verre se délite, ça fait mal au cœur ! »
Tous ces vestiges ont déjà rejoint le Musée d’histoire maritime de Nouméa où est déjà conservée la double barre à roue, découverte il y a treize ans. « Ce type de double barre en cuivre et en bronze est une pièce unique au monde, rappelle encore Philippe Houdret. Elle a fait l’objet d’une restauration grâce aux lycéens de Petro-Attiti, l’an dernier. » Beaucoup d’autres objets sont toujours sur place, dont les vingt-deux canons en fer qui étaient à bord. « Ce n’est pas intéressant de les remonter car les pièces en fer sont difficiles à restaurer. »

Destin. L’épave de La Seine est d’autant plus intéressante que son naufrage est intimement lié à l’histoire du Caillou. Partis de Brest en septembre 1845, ses 250 marins et son capitaine François Leconte avaient pour consigne d’annoncer la décision de Louis Philippe de renoncer de faire de la Nouvelle-Calédonie une terre française. La nouvelle devait être transmise à Monseigneur Douarre dont la mission catholique était installée depuis trois ans à Balade. Là où le navire devait accoster, avant de se tromper d’itinéraire. L’évêque a d’ailleurs porté secours aux marins, tous rescapés. « Il les a nourris et sauvés, raconte encore Philippe Houdret. Puis, il leur a trouvé un bateau anglais pour repartir. » L’ecclésiastique est ensuite allé plaider la cause de la Calédonie en Métropole. Sans succès. Mais les révoltes envers les missionnaires et la mort de Blaise Marmoiton ont finalement décidé la France à prendre possession de l’archipel.
L’association Fortunes de Mer espère pouvoir retourner sur cette épave, l’an prochain.

Catherine Léhé

1999-2010 Les Nouvelles Calédoniennes

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